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Audrey Thirot, chanteuse et compositrice, ancienne élève de l’IMEP • Paris College of Music, dévoile son nouveau projet Talisman qui vise à explorer les profondeurs des archétypes féminins et leurs relations mystiques à la vie et à l’univers. Le premier clip Summer est déjà disponible !

Pour l’IMEP • Paris College of Music, elle se confie sur son processus de création, mais aussi sur son parcours de vie, de la finance à la musique. Elle sera en concert le 11 novembre prochain au Sunset Sunside

 

IMEP : Comment t’est-venue l’idée du clip ? Comment t’es-tu investie dans sa création ?

Audrey Thirot : L’idée du clip m’est venue fin mai, juste après le confinement, alors que je faisais (enfin) un petit dîner d’anniversaire avec quelques amis dont la réalisatrice, Juliette Gaudin. Je venais de terminer l’écriture du morceau Summer, et de l’enregistrer dans ma cuisine avec les moyens du bord. J’étais très enthousiaste car avec ce morceau je sentais enfin éclore mon propre « son », après des années de recherche d’un style personnel au confluent de mes nombreuses influences.

J’ai donc joué ce morceau, il a beaucoup plu à Juliette, et on s’est dit que ce serait une belle idée de le mettre en image, pour aller encore un peu plus loin dans la définition de mon univers artistique.

À partir de là, tout est allé très vite, j’ai écrit une ébauche de scénario en une semaine, qui a servi de support de discussion avec Juliette. Elle m’a aidé à préciser ma vision, mon univers et elle a tout décliné en images. En moins d’un mois on se retrouvait en plein tournage sur la Côte Sauvage, à Quiberon.

Comme je suis très manuelle, j’ai pu m’amuser à l’occasion de ce clip : j’ai fabriqué et dessiné les cartes de tarot du clip, fait des recherches pour créer un liquide bleu à paillettes, j’ai aussi fait de nombreux essais avant d’arriver à la coiffe finale.

À Quiberon, Juliette et moi n’étions pas seules, mais en compagnie d’une excellente photographe, Élise Saint-Upéry, qui a réalisé un magnifique shooting photo, et de Robin Nitram, ex-IMEP lui aussi (mon partenaire dans le duo jazz So Ouatte ) qui a été un merveilleux régisseur, s’occupant de toute l’intendance et nous régalant de ses repas sains et savoureux. 

C’est aussi le résultat de ce travail d’équipe et des bons moments passés tous les 4 que vous pouvez maintenant apprécier.

IMEP : Quelles ont été tes influences pour la création de Summer ? Qu’as-tu voulu transmettre à travers ce clip à l’univers mystérieux ? 

A.T : Au moment d’écrire le scénario, j’ai laissé infuser la musique de « Summer » en l’écoutant en boucle, et j’ai laissé mon esprit vagabonder autour des thématiques qui sous-tendent mon projet musical « Talisman ». J’y pars à la recherche de l’âme, de l’instinctuel, du féminin sauvage. C’est cela que j’ai voulu transmettre dans le clip.

Cela fait bien sûr écho à ma propre expérience. La quête de l’âme, c’est un chemin que j’ai eu besoin de suivre moi-même ; à 30 ans j’ai quitté une carrière florissante dans la finance de marché, car j’étais en manque de sens. Je me sentais exsangue, foncièrement insatisfaite, coupée de ma nature profonde. Je suis partie en quête d’une vie plus riche, inventive. Pour me guider en cela, j’ai appris à écouter les indices semés par la vie. J’ai suivi la piste tracée par ces moments fugaces où je me sentais pleinement vivante : en train de jouer de la musique, et/ou en train de créer quelque chose. Je suis partie de là.

Dans mon « évasion », j’ai été très influencée par le magnifique ouvrage de Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups. Il m’a ouvert les yeux sur ma nature et mes aspirations profondes. Elle y définit l’archétype de « Femme sauvage », que j’essaye à mon tour d’exprimer dans ma musique. 


Je me permets de citer ici quelques-uns de ses mots : Le son nous permet (…) d’approcher [ la femme sauvage ] : la musique, qui fait vibrer le sternum et excite le cœur, le tambour, le sifflet, l’appel, le cri, le mot, écrit ou parlé. Parfois, un mot, une phrase, un poème ou histoire sont si riches d’évocation, si justes, qu’ils nous rappellent, du moins un bref instant, de quoi nous sommes faites et où se trouve notre vraie demeure.

Avec mon projet « Talisman », je cherche à transmettre cet appel du sauvage.

IMEP : Dans le clip, tu fais la part belle à la féminité, à la femme libre et sauvage, peux-tu nous expliquer cette figure féminine et les représentations que tu en donnes ? 

A.T : Dans ce clip, nous avons essayé Juliette et moi de nous affranchir des conventions de représentation de la femme, afin de présenter une figure féminine proche de cet archétype de la « Femme sauvage » qui me tient tant à cœur !
J’ai voulu montrer un personnage féminin connecté à son intuition, à la Nature, à ses cycles. Une femme ayant gardé un esprit créatif et ludique et qui agit sans se préoccuper des injonctions sociales, en s’écoutant elle avant tout. Ce n’est pas un hasard si j’ai dévoilé le clip un jour de nouvelle lune

L’étendue sauvage du décor se veut un miroir du Soi instinctuel, du Soi sauvage et profond. Dans ce décor, une figure féminine effectue un rituel. Par ce rituel, elle réaffirme sa relation avec la nature sauvage, et elle nourrit son âme. Cela peut paraître anodin mais dans un monde où l’on est sur-sollicité, souvent coupés de la nature, se connecter à soi-même, à ses envies profondes, prendre le temps, ça peut relever d’une lutte de chaque instant. Or je pense que nourrir l’âme est fondamental si l’on veut une vie vibrante. À chaque fois qu’elle est nourrie, l’âme va croître.

Dans le clip, l’eau, la mer qui se déchaîne peu à peu c’est un peu comme la nature instinctuelle qui répond à la femme qui l’invoque. Le lien avec l’âme est rétabli, fortifié. Le souffle de l’eau apporte même une nouvelle carte de tarot sur l’autel, une carte très joyeuse et positive.

Ici, la figure féminine représente des « valeurs féminines » – d’intuition, de connexion à la nature et au Soi profond, de cycle – bien plus qu’un genre. J’y invite hommes et femmes à se pencher sur le féminin, à creuser. Je cherche dans ces images, comme en concert, à mettre en branle la vie intérieure de l’auditoire.

IMEP : Tu as été élève à l’IMEP de 2017 à 2019 , quels souvenirs as-tu de ton passage à l’école ?

A.T : Quand je suis arrivée à l’école en 2017, j’avais déjà une certaine expérience musicale, mi-académique mi-orale/instinctive, entre des études classiques au Conservatoire (guitare et chant), une expérience internationale de la scène en amateur et semi-pro (Londres, Amérique Latine, Île-Maurice, Chine), et un premier contact avec l’improvisation jazz (saxophone).

J’avais envie de me professionnaliser, et de monter mon projet personnel. Pour cela j’étais consciente qu’il me fallait renforcer mes compétences techniques, et surtout faire le lien entre les différentes approches que j’avais connues.

À l’IMEP, j’ai trouvé ce que je cherchais : on est repartis de la base et j’ai appris à comprendre la musique comme langage. J’ai acquis les clés de compréhension qui me manquaient, et surtout une méthode de travail qui me sera utile toute ma vie ! J’ai de quoi travailler jusqu’à la fin de mes jours maintenant ! 

Côté projet, j’ai appris plein d’outils qui m’ont permis par la suite de faire naître mes premières compositions et de les amener sur scène : des outils harmoniques, des connaissances en arrangement, la capacité à écrire pour d’autres instruments, éditer des partitions pro sur logiciel, à diriger un ensemble, etc…

L’IMEP c’est aussi plein de copains, un réseau de gens passionnés et ambitieux, des professeurs généreux et hyper inspirants qui ont vraiment à cœur de transmettre leur amour de la musique, c’est un bel environnement pour s’épanouir.

Je remercie toutes les belles personnes que j’y ai croisé, car elles ont fait de moi la musicienne que je suis aujourd’hui.

IMEP : Tu as aussi fait le Summer Program du Berklee College of Music, comment c’était ?

A.T : Fin 2016, après avoir démissionné de mon job pour me dédier à la musique, j’ai postulé à ce programme, qui dure 5 semaines et se déroule entre juillet et août à Boston aux États-Unis. Je n’y croyais pas trop mais j’ai envoyé quelques vidéos présentant mon travail musical, et j’ai reçu une bourse !

Ça a été 5 semaines intenses, je vivais, dormais, mangeais entourée de musiciens, on se retrouvait dès 6-7 heures du matin dans les sous-sols de la résidence pour pratiquer dans des salles dédiées, et on y retournait après les cours et répétitions qui finissaient parfois à 22 heures. Quand tu es un peu fatigué à minuit et que tu vois qu’à côté ça bosse toujours, ça te motive pour t’y remettre et dépasser tes limites.

J’ai adoré l’environnement multiculturel de ce programme, ça parlait toutes les langues, et ça jouait de tous les styles. J’ai eu la confirmation que l’art rassemble, en évoluant au contact de toutes ces personnes aux points de vue différents mais unis par une même passion, la musique.

Mon moment le plus fun : avoir joué dans l’ensemble de salsa de Berklee, dirigé par l’immense Bernardo Hernandez. De la joie pure !

Ce qui m’a interpellé : la vision « business » proposée par l’école. En plus des traditionnels cours de musique, il y a plusieurs cours dédiés au « Music Business », à la gestion de la communication, aux réseaux sociaux, et un fort accent mis sur les débouchés professionnels après l’école (j’ai pris mes premiers cours de musique de film et pour jeux vidéo là-bas). Ça m’a paru assez complémentaire avec l’approche artistique et technique que j’ai connue en France.

Merci beaucoup à Audrey Thirot pour ces réponses ! Elle sera en concert le 11 novembre prochain au Sunset. Pour prendre vos places 

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